Ce document est le fruit d'une recherche personnelle, il est à votre disposition pour un usage privé.
A ceux qui souhaitent publier un ou plusieurs extraits de ce mémoire sur leur site internet, nous leur demandons de manifester leur sympathie sous la forme d' un lien vers notre site et de citer leur source.
Merci
Babette
INTRODUCTION
I LES DANSES EN AFRIQUE 1.1 L'art en Afrique 1.2 Les caractéristiques des danses Africaines 1.3 Les aspects des danses en Afrique 1.4 Les pratiques des danses en Afrique 1.5 Les enseignements en Afrique la transmission orale 1.6 Les rapports entre les danses et les rythmes en Afrique
II LES DANSES D'AFRIQUE FACE A L'OCCIDENT 2.1 La découverte de l'art africain 2.2 Le phénomène migratoire des danses d'Afrique vers l'occident 2.3 Les conséquences de l'arrivée des danses d'Afrique
III VERTUS ET BENEFICES DES DANSES D'AFRIQUE 3.1 La danse perçue par l'occident 3.2 La danse et ses effets multiples 3.3 La danse et ses fonctions plurielles 3.4 Les particularites des danses d'Afrique
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
INTRODUCTION
Lorsque j'eus la révélation de la danse africaine, j'ai senti en moi la joie, la certitude d'avoir trouvé la danse véritable dans la manifestation la plus pure, la plus totale, la plus humaine et la plus profonde.
Ainsi lorsque le choix d'un thème de mémoire s'est imposé, j'ai très vite orienté celui-ci vers la danse africaine.
En effet enrichie de dix années d'expérience et de pratique de la danse africaine j'ai pu constater dans le cadre de mes activités et dans des lieux très diversifiés(écoles, institutions, structures associatives), que les cours sont pleins, les amateurs sont passionnés et ne jurent que par la danse africaine.
Le choix de ce sujet est aussi influencé par des motivations professionnelles. Je suis animatrice d'un atelier de danse d'expression chorégraphique depuis quatre ans et comme beaucoup de professionnels de la danse, je la juge indispensable à ma formation.
Par conséquent j'ai défini une problèmatique pouvant répondre aux différentes questions que je me pose en tant que danseuse et enseignante :
POURQUOI LA PRATIQUE DE LA DANSE AFRICAINE NE SE REDUIT PAS A UN PHENOMENE DE MODE ? .
La méthode de travail que j'ai privilégiée est une méthode de recherche bibliographique et une mise à profit des réfléxions de mes années d'expérience.Dans un premier temps, je définis les danses d'Afrique dans leurs contextes originels.
Dans un deuxième temps, je développe le phénomène migratoire des danses d'Afrique vers l'occident.
Dans un troisième temps, je détermine les différents points qui me paraissent pertinents afin de démontrer que la danse africaine n'est pas un phénomène de mode.
I. LES DANSES EN AFRIQUE
1.1 L'ART EN AFRIQUE
Le continent africain abrite une grande variété de cultures dont chacune se caractèrise par son langage, ses traditions et ses formes artistiques.
L'art africain reflète la richesse de l'histoire, de la philosophie, de la religion, des mythes, des cultures des sociètés de ce vaste continent.
Il est porteur de l'âme de tout un continent.
Il est marqué par une sensualité, une sensibilité, une réflexion sur la signification profonde de l'œuvre, une signification cachée et l'importance du mythe de la cosmologie.
L'art africain ne vise pas la représentation, l'imitation ou la figuration mais la signification, la symbolique.
Transgresser la forme au profit de son contenu, de son sens ou de ce qu'elle exprime. Un art qui ne laisse pas indifférent, qui est aussi présent qu'un être humain.
Une technique, un savoir- faired'une histoire transmise de génération en génération. La beauté de cet art vient de sa spécificité de l'émotion qui s'en dégage. Une esthétique du domaine de l'indicible, du domaine du ressenti, de la sensation du choc qu'il provoque.
Les civilisations ont accordé la primauté à la fonction plus qu'à la forme et en particulier dans certaines ethnies.
En effet, la vie tout entière et dans toutes ses manifestations est sous-tendue par une conception mystique et unificatrice du monde.
1.2 LES CARACTERISTIQUES DES DANSES EN AFRIQUE
Dans les sociètés traditionnelles africaines, les événements sont considérés comme étant l'affaire de tous, même s'ils affectent plus particulièrement tel individu ou telle famille. Ainsi il existe divers procédés qui consistent, pour un individu à extérioriser ce qu'il ressent, la communication et l'expression sont extrêment liées.
Il en résulte une codification des moyens d'expression. Ces comportements sont codifiés par des règles qui sont intégrées depuis l'enfance. Les moyens possibles sont la musique, les cris, les paroles, les danses, auxquels s'ajoutent souvent les moyens plastiques par la présence des masques et d'accessoires divers.
Les danses en Afrique sont multiples et diverses correspondant à la diversité et la multiplicité des Régions, ethnies et Pays d'Afrique. Chaque pays d'Afrique s'appuie sur une gestuelle, une rythmique différente, pour exprimer des choses aussi essentielles que le sens de la vie.
Elles sont la manifestation de l'âme, elles peuvent rendre compte de toutes les situations personnelles ou collectives, elles permettent d'interpréter des figures vivantes, défuntes, animales ou totémiques. Leurs dénominateurs communs et leurs caractères sont orientés et dédiés à un rituel, à une tradition ou plus généralement à une divinité.
Elles naissent d'une part de la prise de conscience par l'homme de son unité avec Dieu et d'autre part, des efforts volontaires ou inconscients qu'il doit déployer pour rester à l'unisson du rythme de Dieu Elles s'éfforcent d'offrir à l'homme, la grande réconciliation de la tête et du corps, de la pensée et de l'instinct, par la libération du geste et l'abandon au rythme.
En d'autres termes, les danses en Afrique constituent une démarche qui conduit l'homme au plus profond de lui-même, à la découverte de ses qualités latentes, à l'épanouissement de sa personnalité, à la fois sur le plan physique, intellectuel, social, thérapeutique et spirituel.
Les danses en Afrique sont un mode de vie.
A chaque moment elles sont utilisées pour raconter, communiquer ou plus simplement pour vivre, elles sont une composante majeure de la vie sociale. Elles font donc partie de la vie quotidienne du village, elles sont complètement intégrées aux activités. Elles sont constituées d'un ensemble de danses originales qui convient à toutes les circonstances et rythme les grands événements de l'existence.
Les danses en Afrique sont un élément essentiel du patrimoine culturel. Elles sont l'expression vivante de sa philosophie et la mémoire de son évolution. Elles témoignent d'une connaissance et sont chargées de transmettre. Elles révèlent une grande diversité d'un continent, une richesse inestimable sur le plan symbolique, mystique et spirituel.
Elles constituent à la fois une histoire symbolique, une forme de méditation, un art de spectacle, un passe temps distrayant, un jeu, un sport, un art de vivre, une manière d'exprimer intensément les rapports de l'homme avec la nature, la société, un langage universel, un dialogue des civilisations, une thérapie.
Avec plus de force que le geste, plus d'éloquance que la parole, plus de richesse que l'écriture parcequ'elles expriment ce que l'être ressent au plus profond de lui-même, ces danses sont l'expression de la vie et de ses émotions permanentes(joi,amour,tristesse,espoir). Il ne peut y avoir de danses en Afrique sans émotion.
Elles content l'inexprimable, elles sont le lien entre le corps, la terre, la tête et le ciel.
Il faut comprendre comme le dit LEOPOLD SEDAR SENGHOR "en Afrique, c'est la danse qui est au commencement de toutes choses. Si le verbe l'a suivi, ce n'est pas le verbe parler, mais le verbe chanter, rythmer. Danser, chanter, porter des masques constituent l'art total, un rituel pour entrer en relation avec l'indicible et créer le visible ".
1.3 LES ASPECTS DES DANSES EN AFRIQUE
Les danses traditionnelles ont la spécificité d'englober tout l'univers. Elles expriment la liaison entre le quotidien et le surnaturel.
On peut distinguer deux aspects :
LES DANSES PROFANES
LES DANSES SACREES
L'ASPECT PROFANE
Il s'agit de danses populaires, de réjouissances accessibles à tous. Elles ont dans ce cas une véritable fonction sociale et conviviale, de distraction, d'amusement, de défoulement, de divertissement.
Elles se prêtent à l'improvisation, à une grande liberté d'expression. Elles se révèlent comme le carrefour des contacts, des relations, des échanges et du dialogue. C'est au niveau de cet espace que se traitent et se résolvent les problèmes de solitude, d'indifférence, de manque de communication et d'isolement.
Elles se déroulent généralement en plein jour, du matin à la tombée de la nuit. Elles sont par nature très diverses. Chaque geste, chaque mouvement a un sens.
Deux éléments sont déterminants dans ces danses, d'une part les femmes jouent un grand rôle, d'autre part les critères esthétiques sont essentiels.
Elles sont un élément d'une identité culturelle, un langage corporel, le reflet des groupes humains dont elles émanent. Elles apparaissent souvent dans des spectacles organisés à l'intention des visiteurs et des touristes.
L'ASPECT SACRE
Il s'agit de danses rituelles accessibles aux seuls initiés. Elles ont alors davantage une fonction d'initiation, d'apprentissage de la vie ou d'un culte spécifique.
Elles ont comme but d'amener le ou les danseurs à communier avec Dieu par l'harmonisation de son corps et de son esprit.
Elles prennent souvent la forme de transes. La musique entraine des effets dans l'état du danseur au niveau psychologique aussi bien que physiologique.
Elles se produisent à des époques déterminées, elles sont fixées par le calendrier rituel, elles se déroulent dans un lieu précis, à une place réservée pour les cérémonies.
Bien entendu les deux aspects ne sont pas figés et sont toujours intimement liés à une symbolique, à une forte identité culturelle, à un contexte ethnographique. Leurs fonctions respectives s'entrecroisent. Des ponts existent entre les deux
1.4 LES PRATIQUES DES DANSES EN AFRIQUE
LE CERCLE
Les danses en Afrique, composantes majeures de la culture africaine, reposent sur le cercle, symbole de vie à la fois spirituelle et temporelle. L'arc de cercle ou le cercle est la disposition spontanée que prennent les danseurs sur la place du village ou les spectateurs autour du ou des danseurs.
Le cercle est la plus ancienne figuration de la danse en groupe. Dans les danses en cercle, il y a toujours abstraction de l'identité personnelle au profit de celle du groupe.
Pour les Africains, les danses en cercle sont un moyen d'élever les vibrations afin de se mettre au rythme de la nature. Elles sont classifiées en trois catégories, illustrées par trois cercles concentriques. Ce sont LE GLO, LE CAILLO, LE GLA, correspondant chacun à un stade différent d'évolution spirituelle. La danse véhicule la spiritualité du centre vers la périphérie et vice versa afin de transcender les émotions et les aspirations.
LE GLO : le premier cercle, le plus large symbolise le monde.Dans ce cercle les danses ont pour fonction l'intégration sociale. Elles sont les danses de réjouissances. Elles traduisent le divertissement, la convivialité, l'amusement, le défoulement, la fête. Ce sont des danses concrètes qui font une large place à l'improvisation.
LE CAILLO : le second cercle, il joue le rôle d'intermédiaire entre la spiritualité pure et le terrestre. Dans ce cercle les danses ont pour fonction la transmission. Elles traduisent la symbolique, l'initiatique. Ce sont des danses anciennes, spéciales, techniques, précises, codifiées qui obéissent à des règles dictées par la tradition.
LE GLA : le troisième cercle, le plus petit, il symbolise le spirituel. Dans ce cercle les danses ont pour fonction de permettre de faire l'expérience suprême de l'existence humaine.Ce sont les danses de Masques, le domaine des initiés LE GLA ne peut exister que lorsque les trois cercles sont rassemblés.
LA REPETITION
Les danses en Afrique reposent sur la répétition.
La répétition du geste appris selon la tradition, c'est à dire non une simple imitation du maître, non une copie, mais une connaissance parfaite du geste, par un apprentissage, un perfectionnement, une maîtrise, qui laisse le ou les danseurs libres à l'intérieur de leurs techniques, d'improviser et de répondre par des gestes admis à l'appel du cosmos selon leurs inspirations Le danseur traditionnel africain est en perpétuel dialogue avec le cosmos et comme tout langage il respecte les "mots ", mais improvise, crée sa "phrase ".
La répétition est une des règles fondamentales, elle est une loi universelle. La nature se répète, du moins les phénomènes naturels se répètent, l'éternel recommencement des saisons reste l'exemple le plus instructif. La nuit et le jour obéissent à la même règle. L'homme, quelque soit sa culture, son instruction, ses origines est obligé de se répéter pour vivre.
Il y a aussi répétition au niveau de l'improvisation. En effet, dans les danses individuelles qui demandent beaucoup d'agileté le jeune artiste, après le pas de base est contraint d'improviser. Cette obligation devenant par la suite une habitude et un réflexe, fait que le danseur africain ne trouve plus d'intérêt dans les danses aux figures standardisées. La répétition dans l'improvisation, au niveau des danses individuelles s'avère indispensable, parce que la même danse interprétée deux fois de suite, n'a que son pas de base qui reste identique et par l'improvisation de nouvelles figures sont créées.
L'IMPROVISATION
Comme je l'ai déjà signifié il y a improvisation, parce que la même danse éxécutée deux fois de suite n'a que son thème qui reste identique. C'est donc une liberté créatrice, c'est l'image d'une pensée qui cherche, qui progresse et qui peu à peu, se précise.
L'improvisation développe le sens du rythme, conduit le danseur à un meilleur équilibre entre le physique et l'intellect et réveille chez lui un esprit d'initiative et d'invention.
En effet, la présence de plusieurs danseurs ou danseuses au cours de fêtes, provoque une émulation qui favorise beaucoup l'improvisation.
Chacun des artistes, une fois son répertoire épuisé et pour satisfaire aux exigences de la foule, doit inventer de nouvelles figures.
La création spontanée de ces figures de danses au cours d'une cérémonie quelconque astreint le danseur africain à une gymnastique d'esprit très enrichissante.
Cette nécessité de créer dans le but, d'une part de se dépasser et d'autre part de stocker, conduit le danseur à la maîtrise d'une mémoire auditive et visuelle et au développement permanent de son imagination créatrice.
Dans les danses en Afrique l'improvisation revêt d'autres significations.
Improviser :C'est soritr des sentiers battus. C'est éviter la servitude du pas de base et des figures standardisées ou imposées.
Improviser : C'est faire preuve d'indépendance dans ses actes et dans ses pensées. C'est faire preuve de maturité intellectuelle et spirituelle. C'est refuser le règlement ou plutôt comprendre que le règlement n'est pas fait pour élever celui qui le suit à la lettre.
Improviser : C'est démonter par sa conduite que le règlement est fait pour les assistés, les inconstants et que, bien qu'utile pour la bonne marche d'une société, il comporte quand même un aspect abrutissant, avilissant, aliénant.
Improviser : C'est comprendre que le règlement n'est pas fait pour les gens intelligents, et que dans tous les domaines, les rênes du commandement reviennent toujours à ceux qui prennent des initiatives, malgré les règles contraignantes et asservissantes du règlement.
Improviser : Alors qu'on a la possibilité d'agir gentiment dans la limite des règles préetablies, d'innover alors qu'il est plus sécurisant de se contenter des acquis antérieurs de la société, des idées des autres, de la vérité d'autrui, prendre des risques en improvisant, surtout lors d'une présentation en public, c'est comprendre que ceux qui contribuent à l'avancement de l'humanité (aussi bien sur le plan matériel que spirituel), sont des gens courageux, stables, doués d'une forte personnalité. Ils sont difficilement influençables et profondément conscients du fait que les grands secrets de la vie ne seront jamais dévoilés aux soumis, aux subalternes, aux assistés, aux partisans du règlement à la lettre.
Improviser : C'est accepter de remettre en question les idées reçues, de poser des points d'interrogation sur tout ce qui nous touche et nous concerne pour une meilleure compréhension de la vie.
Improviser : C'est ajouter quelque chose de plus à l'humanité, c'est prendre part à la création qui est incessante, continue et sans fin.
1.5 LES ENSEIGNEMENTS EN AFRIQUE LA TRANSMISSION ORALE
Dans les sociètés traditionnelles Africaines les connaissances se transmettent oralement.
Le culte de LA PAROLE a fait d'elle un vecteur essentiel de transmission et de contact à travers tout le continent.
Depuis l'antiquité, les Africains se sont déplacés, transportant avec eux leurs connaissances, leurs origines, leurs techniques, leurs croyances, leurs traditions, leurs différents dialectes, leur morale, les secrets de la nature et de l'univers. Les idées voyagaient avec les peuples lors de leurs différentes migrations.
Les GRIOTS et faiseurs de connaissance, doués d'une mémoire extraordinaire sont les gardiens de la tradition et ses propagateurs. Ils sont aussi devenus des négociateurs, des médiateurs, des ambassadeurs lors des conflits. Egalement musiciens, poètes,généalogistes, historiens, grands voyageurs, ils jouent un rôle considérable dans la circulation des idées, ces orateurs sont le témoignage unificateur des hommes.
AMADOU HAMPATE BA (1899-1991) Ecrivain, historien et philosophe Malien est un de ceux qui ont contribué le plus, notament à l'UNESCO où il fut membre du conseil exécutif de 1962 à 1970, à faire reconnaître à travers le monde les cultures orales Africaines. Je cite "Les GRIOTS ? Ils sont les agents actifs de la palabre, Maîtres du Verbe, ils ont deux langues dans leurs bouches ".
LA TRANSMISSION ORALE pour les Africains, c'est l'enseignement à tous les degrès. Elle englobe aussi bien la morale, la philosophie, les mathématiques, la géométrie, l'histoire, la généalogie, les coutumes et tout ce qui s'appelle connaissances humaines au point de vue culturel et cultuel. Les danses font partie de cet enseignement de connaissances.
Les enseignements sont donnés par des vieilliard, grands initiateurs, les maîtres. Les enseignements passent par l'initiation, l'apprentissage, le perfectionnement, la répétition, la maîtrise " une dure école de la vie " .
Ils se décomposent en trois cycles dans la vie de l'homme.
1er cycle de 7 ans à 21 ans : Jusqu'à 7 ans l'enfant est à l'école de sa mère. Pendant ce cycle il est censé avoir fait le tour de toutes les initiations.
2ème cycle de 21 ans à 42 ans : L'individu renforce ses connaissances et ainsi à 42 ans il sera " un homme fait ".Il aura droit à la parole.
3ème cycle jusqu'à 63 ans : Devenu un homme il doit enseigner à son tour, transmettre, restituer ce savoir dont il a bénéficié.
A partir de 63 ans l'homme est retraité, on ne peut plus rien exiger de lui. Il se dirige vers la mort avec tout son savoir.
AMADOU HAMPATE BA je cite : Quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui disparaît ".
1.6 LES RAPPORTS ENTRE LES DANSES ET LES RYTHMES EN AFRIQUE
Les danses traditionnelles en Afrique naissent de l'union intime du son et du geste, du mouvement et de la musique comme un enfant naît de l'union intime de l'homme et de la femme.
Sur le continent du soleil, l'enfant s'initie à la joie de la libération de la vie par le mouvement, avant et après la naissance. La femme qui attend un enfant ne reste jamais inactive et passive, elle participe activement à tout ce qui a trait à la musique, aux chants, aux percussions et à la danse. Elle s'efforce d'imprégner tout son être de pensées et de distractions douces, saines, et paisibles. La future mère se laisse pénétrer profondément des divers rythmes de son ethnie
La prédominance de la musique dans les activités de la femme qui attend un enfant, justifie en partie les aptitudes de beaucoup d'Africains vis à vis de la danse et leur attirance naturelle vers les beaux-arts.
L'enfant continue de vivre la danse dès sa naissance. A ce stade, tout se passe au niveau du rythme qu'il entend autour de lui. En effet, il est présent à toutes les manifestations du village. Les fêtes ayant lieu très souvent, les rythmes se répètent et prennent vite une place importante dans l'univers culturel de l'enfant.
On pressent l'importance de la relation entre le rythme et la danse.
Les danses sont donc indissociables du rythme et si la présence d'un batteur de tambour n'implique pas obligatoirement la présence d'un danseur, par contre la mobilité de celui-ci en piste exige celle d'un percussioniste.
Ce dialogue est inhérent à la pratique de la danse.
Le batteur jour un rôle important. Il est le savant du son et du rythme. Il fait bouger les corps, il suscite chez les danseurs les gestes en harmonie avec la musique. Il s'instaure une communication. Les deux personnages doivent, dans une certaine mesure, vibrer au même rythme et communier spontanément à la même source d'inspiration et de création.
Ainsi de cette communion savante les qualités du danseur se révèlent : - sens du rythme et de l'espace, - grâce, légèreté et agilité, -mémoire dans l'éxécution des figures, -aisance dans la communication des sentiments, la coordinnation, le naturel, la recherche permanente.
Un grand batteur est capable de faire accomplir des prodiges à un danseur moyen, surtout dans le domaine de l'improvisation. En Afrique, dans la pratique de certaines danses, il appartient au batteur de suivre les pas du danseur et non l'inverse, car l'improvisation créatrice vient du danseur seul.
L'observateur attentif notera que le tambour ne commence à émettre son langage secret qu'après les deux ou trois premiers pas du danseur. Un contact très intime s'établira alors entre le danseur et lui, un véritable dialogue que seul un homme averti pourra percevoir.
Battre le tambour dans les sociètés africaines est une spécialisation très éprouvante dont on n'acquiert la maîtrise qu'au fil des années, à force de pratique
.Pour devenir batteur de tambour en Afrique, il faut avoir fait ses preuves. Le tambour revêt un caractère sacré et rituel, il est lié aux forces cosmiques. Il y a un principe magique du tambour qui donne vie, qui est le point de départ du mouvement, de la danse. L'acte de battre le tambour au cours d'une cérémonie dansée implique des responsabilités sociales, voire religieuses. Le tambour exprimant le mieux les sentiments profonds de l'Afrique, le batteur joue un rôle fondamental dans la vie sociale, spirituelle et mystique.
Cet art consiste à percuter des peaux, à frapper sur des gongs, des cymbles, des grosses caisses, à agiter des grelots, des clochettes, des calebasses, à caresser, gratter, tâter le bois, le fer, tirer le son de la matière. Il constitue une autre manière d'appréhender le monde sonore. Il exige l'agilité des doigts, la souplesse des poignets, un grand sens du rythme, une mémoire auditive, de bons réflexes et une grande aisance dans la coordination des mouvements.
Quand on écoute un bon batteur africain, on est tout de suite séduit par la beauté, la fraîcheur, l'originalité des sons. On est pris dans le dialogue ininterrompu que représente la percussion avec la nature. Ce langage à la fois profane et secret, soulève en nous des forces, des énergies puissantes,nouvelles. A travers les sonorités inouïes qu'il tire de la peau, il chante et évoque à la fois les liens étroits qui relient l'homme à l'univers, au cosmos, à Dieu.
II LES DANSES D'AFRIQUE FACE A L'OCCIDENT
2. 1 LA DECOUVERTE DE L'ART AFRICAIN
A partir du XV siècle les navigateurs Portugais explorent l'Afrique et l'Europe et découvrent peu à peu l'art africain.
Au siècle suivant, commence l'époque des traitants. Toutes les grandes puissances maritimes viennent avec leurs flottes marchandes commercer avec les peuples sur la côte africaine. Ces navigateurs arrivent accompagnés de missionnaires chrétiens qui veulent convertir ces peuples autochtones qualifiés de barbares.
Au XIX siècle les explorateurs vont s'élancer à la découverte de l'intérieur du continent et ses terres inconnues. Ils sont pour la plupart géographes. La publication de leurs relations de voyages à leur retour en Europe va susciter le développement d'une science nouvelle l'ethnologie, spécialisée dans l'étude des peuples du monde entier et de leurs civilisations.
Pendant la période de colonisation, les grandes puissances européennes vont envoyer leurs colonnes militaires, ils prétendent que les Africains sont des primitifs. " aussi est-t'il justifié d'aller chez eux leur enseigner… la civilisation ". La colonisation a marqué avant tout une rupture. La société traditionnelle en fut bouleversée sur tous les plans.En effet dans les pays colonisés par les Français, L'implantation de l'école française et du français comme langue officielle perturba le mécanisme de l'enseignement traditionnel.
Seules les écoles coraniques continuèrent à fonctionner. Toutes les structures traditionnelles furent brisées. Les cadres religieux devinrent suspects, les rites et les objets de culte furent qualifiés de sataniques.
Les voies établies de transmission des connaissances et des idées se trouvèrent obstruées. L'utilisation des tambours dits " parlants " ou " messagers " fut formellement interdite.
La véritable rencontre de l'art africain avec l'Europe se fait au XX siècle.
Les artistes Européens sont les premiers à reconnaître d'une part autant de valeurs humanistes chez les artistes africains, d'autre part la richesse, la variété, la vitalité qui rayonne dans cet art. Ils y trouvent une nouvelle source d'inspiration et même un style nouveau.
Enfin l'art africain va être regardé autrement, il n'est plus question de beauté, de laideur, mais bien d'une émotion directe, d'une manifestation spontanée.
2. 2 LE PHENOMENE MIGRATOIRE DES DANSES D'AFRIQUE VERS L'OCCIDENT
Depuis un demi-siècle le courant Africain se dessine plus précisement et s'insinue jusqu'à l'explosion actuelle des années 90.Ce courant concerne autant les musiques africaines que les danses d'Afrique.
Un premier courant se fait jour avec les indépendances des années 50/60 des différents pays d'Afrique comme le GHANA, le TOGO, la MAURITANIE, le SENEGAL, la SIERRE LEONE, la COTE D'IVOIRE, le CONGO, le MALI, la HAUTE VOLTA, le BURKINA FASO, le NIGER, le TCHAD, la REPUBLIQUE CENTRAFRIQUE, le ZAIRE,l'OUGANDA, le RWANDA, le BURUNDI, la GUINEE.
Les premiers ballets nationaux furent créés le plus souvent dans les capitales ( Ballet KOTEBA, Ballet DJOLIBA, Ballet ADZIOKO, Ballet KOKUMA Ballet Africain de GUINEE de KEITA FODEBA). Les meilleurs danseurs et danseuses, percussionnistes issus des villages et régions reculés furent sélectionnés. Ils furent formés à la dure école des ballets Nationaux et préparés à devenir de grands artistes complets. Habitués aux cérémonies populaires, ils devinrent par la force des choses, des professionnels aguerris qui durent adapter leur jeu à la chorégraphie et à la mise en scène des ballets.
Ces ballets nationaux africains de l'axe MALI BAMAKO, BURKINA BOBO DIOULASSO, COTE D'IVOIRE BOUAKI, ABIDJAN font le tour des grandes villes en Occident et ont beaucoup contribué à diffuser une image des danses de l'Afrique. On assiste à une évolution dans les pays européens, ANGLETERRE, ALLEMAGNE, SUISSE, HOLLANDE, DANEMARK, ITALIE, AUTRICHEet FRANCE.
L'ouverture des frontières et une politique favorable aux échanges internationaux ont favorisé une mouvance internationale qui fut une étape importante dans le phénomène de migration.( aux ETATS-UNISdans les principales grandes villes à forte densité de population noire, ATLANTA,WASHINGTON, LOS ANGELES, NEW-YORK,etc…, auCANADA, en AUSTRALIE, et au JAPON).
Un deuxième courant que l'on peut qualifier de mouvement artistique se propage en Europe notamment en France dans les années 70 sous l'impulsion d'intellectuels et de travailleurs immigrés Africains, issus des anciennes colonies francophones (GUINEE, SENEGAL, MALI, COTE D'IVOIRE, BENIN, TOGO, BURKINA FASO), et anglophones(GHANA, NIGERIA,AFRIQUE DU SUD). En Allemagne, Hollande et Italie ce mouvement sera beaucoup plus diversifié du fait du peu de colonisation de ces pays en Afrique.
Ces jeunes Africains, venus en France notamment pour travailler ou faire des études, ont commencé à enseigner de façon totalement informelle et improvisée, à la suite de fêtes africaines qui ont beaucoup intéréssé les Français. Ils ont été très vite sollicités pour donner des cours de danses et de percussions dans les cités universitaires et dans les facultés.
Le phénomène prenant une certaine ampleur, plusieurs artistes se sont installés en France et ont commencé à se faire un nom et même une renommée internationaledans les années 80.
Ces artistes africains mettent tout en œuvre :
- Pour rendre les danses de l'Afrique de la façon la plus authentique, accessibles à un public. - Pour créer une expression artistique représentative de l'afrique afin de révéler au public son réel visage et faire disparaître l'idée de pître et de bamboula. - Pour développer un travail de recherche, un travail d'échange, un travail d'enrichissement - Pour attirer l'attention sur les menaces de disparité qui pèsent sur les traditions populaires en Afrique. - Pour impulser des cellules de recherches qui auraient pour mission la collecte, l'archivage. Les peuples africains n'ont pas de tradition écrite telle que l'ont les asiatiques ou les occidentaux, il n'existe pas d'ouvrage ancien. - Force et de constater la quasi inexistence de travaux dans le domaine des arts et de la culture, tout reste à faire. Jusqu'ici les investigations et les travaux sur les danses d'Afrique portent essentiellement sur l'aspect symbolique, initiatique et spirituel. La dimension technique ou structurelle est rarement prise en compte.
Ces artistes sont entre autre :
TIDJANI CISSE
Il a choisi d'abandonner la carrière juridique à laquelle le destinaient ses brillants diplômes universitaires pour danser ; il dirige les Grands Ballets d'Afrique à Paris depuis 1976. Arrivé en France de sa GUINEE natale il savait danser, il possédait assez de matière pour composer un ballet, il savait transmettre aux autres Dans les ballets de CISSE le corps de tout le ballet et le corps de chaque individu deviennent un corps univers, projeté dans le cosmos, en étroite communion avec la vie de la faune, de la flote des étoiles, des montagnes. Un corps infini, sans limite.
KOFFI KOKO
Béninois, initié aux rites animiste dès l'enfance, il apprend à danser pour les ancêtres et les divinités.Sa gestuelle générée par une tradition orale, écrit la mémoire et la projette dans le monde contemporain. Il travaille à New-york pendant plusieurs années avec Katherine Dunham et Alvin Ailey, puis s'installe à Paris.
ELSA WOLLIASTON
Elle quitte son Kenya natal à 16 ans pour l'Angleterre, puis les Etats-Unis avant de s'installer en France en 1969. Elle a été formée aux danses rituelles par un maître-batteur Nigérien du nom de BABATUNJ OLANTIYI. Elle suscite de la part des danseurs amateurs qui la découvrent un enthousiasme fervent. Elle propose un travail très intériorisé, approfondi. Elle prend de la danse africaine l'essentiel, l'épure et le transmet.-
GERMAINE ACOGNY
Elle est née au Bénin, à dix ans elle se retrouve à Dakar au Sénégal. En 1962 elle s'installe en France, en 1968 elle fonde son premier studio. Son travail prend racine dans les traditions populaires.Elle travaille pendant plusieurs années avec Maurice Béjart et fonde l'école Mudra Afrique.
IRENE TASSEMBEDO
Elle quitte le Burkina faso pour enseigner en France. Son approche consiste à essayer de dégager la quintessence de ce qu'elle sait des traditions africaines et par un métissage de faire quelque chose d'original et qui reste africain.
ALPHONSE TIEROU
Ancien élève de l'institut National des arts d'Abidjan en Côte d'Ivoire, il quittte son pays natal pour fonder en 1979 à Nîmes l'école BLOA NAM ou il enseigne actuellement. Il représente à l'UNESCO en 1988 la Grande danse africaine et débute en 1993 une série de conférences à travers le monde. Il est vis président du collectif des enseignants de la danse africaine et d'expression africaine en europe et reconnu danseur chorégraphe par le Ministère Français de l'éducation Nationale, celui de la Culture et de la Communication pour l'enseignement de la danse à l'école.
GEORGES MONBOYE
C'est en Côte d'Ivoire, son pays natal qu'il apprend les danses traditionnelles au sein de son village, lors des différentes cérémonie d'initiation. En 1992 il fonde sa propre compagnie à Paris dans le but de créer une expression artistique représentative de l'Afrique
2.3 LES CONSEQUENCES DE L'ARRIVEE DES DANSES D'AFRIQUE
UN ENCRAGE
L'idée des danses d'Afrique est une réalité.
Le chemin parcouru est bien là. Elles ont leurs propres histoires, leurs propres cultures, leurs propres personnalités, leurs courants, leurs conflits, leurs rivalités. Elles ont trouvé leurs marques d'abord en Afrique puis en Occident et ensuite à travers le Monde.
Elles sont en train de devenir un véritable concept, bien plus qu'un phénomène de mode, Elles perdurent et s'incrivent dans l'histoire culturelle et artistique des peuples, pour devenir un patrimoine mondial en plein mouvement et en pleine évolution.
Qui aurait pu dire au début du sciècle que la rencontre des Noirs d'Afrique et des blancs d'Europe, tous immigrés en Amérique du Nord allait donner le " jazz " ?. Aujourd'hui il est devenu un courant musical international majeur qui dispose de multiples facettes. Qui peut dire ce que deviendra demain cette grande idée de danse africaine ?.
UNE EVOLUTION
Les danses d'Afrique connaissent un bel essor en Occident notamment en France.
Une reconnaissance des danses d'Afrique est réelle. Elles ont trouvé leurs personnalités propres, leurs identités, leurs places vis à vis des autres formes d'expression artistique. Elles se voient élever au rang qui leur est du.
Des rencontres et des échanges culturels multiples (Colloques, festivals, concerts , rencontres chorégraphiques) sont organisés.
Des lieux de diffusion de spectacles s'impliquent dans la présentation d'un programme unique de danses d'Afrique, qui montre la beauté, les contradictions,l'héritage et les inventions de la créativité africaine.
Les cours se multiplient sur le continent au fil des années.
Des milliers de personnes pratiquent (il est par contre difficile de cerner cette évolution des chiffres).
Les lieux de pratique sont très variés, aussi bien dans les écoles, les centres de formation, que les centres d'animation socio-culturelle.
Il existe un monde professionnel de la danse africaine et des formations. Un certificat d'aptitude élémentaire à l'enseignement est crée dans les années 70. En 1994, un collectif d'artistes et d'enseignants se met en place. La Fédération Européenne interprofessionnelle de danse africaine est fondée. Un diplôme d'enseignement fédéral est instauré, ouvert non seulement aux africains enseignants en France et en Europe mais aussi aux enseignants occidentaux.
UNE MUTATION
Au gré des mouvements et des déplacements de populations, les danses traditionnelles africaines ont subi de nombreuses transformations car par définition, la tradition est en perpétuel mouvement même si les changements prennent quelquefois le temps de plusieurs générations. La danse d'une façon plus générale colle à l'histoire des hommes et à leurs pérégrinations.
C'est au gré des rencontres dues aux guerres, au commerce, aux mille et une raisons de l'histoire que les danses ont intégré les différentes influences auxquelles elles étaient soumises.
A partir du moment où la danse est sortie du village, elle est montée sur la scène, elle s'est mise en représentation.
Son propos est devenu une forme, une plastique avec une pluralité esthétique. Elle s'est aussi vidée de son contenu historique et symbolique.
Son propos a ainsi changé fondamentalement. Sortie de son contexte la danse du village a subi une véritable mutation influencée par les nécessités de la chorégraphie, de la mise en scène mais aussi au gré de toutes les rencontres artistiques et humaines.
III VERTUS ET BENEFICES DES DANSES D'AFRIQUE
Différents éléments cités dans les chapitres précédents donnent quelques pistes qui peuvent être utilisées afin de démontrer que l'idée de danses d'Afrique est une réalité et non plus un phénomène de mode.
J'entends par le phénomène de mode : l'événement à caractère exceptionnel qui reste passager suivant le goût des personnes dans le temps, dans un milieu, dans une époque.
J'ai choisi de démontrer la permanence de cet intérêt pour les danses d'Afrique,(les cours se multiplient ainsi que les personnes qui pratiquent) en m'attachant aux vertus de cette discipline et aux bénéfices qu'elles apportent aux individus à différents niveaux..
3.1 LA DANSE PERCUE PAR L'OCCIDENT
Le XX siècle a été dominé par le culte de la danse classique.
Par contre le début du XX siècle a en revanche été l'époque de la " révolution " dans les arts. La recherche d'horizons différents et de sources d'inspirations différentes était dans tous les esprits créateurs.
Il est possible que cet état d'esprit ait été inspiré des conquêtes territoriales extra-européennes et africaines qui ont permis de mieux connaître les cultures de ces pays.
La danse du XX siècle marque une rennaissance. L'homme veut retrouver la nature, prendre la mesure des choses par rapport à lui.
L'évolution en Occident se fait depuis ISADORA DUCAN. Isadora Ducan (1877-1927) est née à San Francisco. Elle prend très tôt des cours de danse académique, seule voie à l'époque pour devenir danseuse professionnelle et respectable. Elle commence très rapidement à développer ses propres principes sur l'art de la danse. En 1904, elle crée une école : l'école de GRUNEWALD à Berlin. En 1914, elle travaille à Paris.
Pendant 40 ans de sa vie, elle s'est dévouée toute entière à sa vision de la danse du futur.Elle développe sa propre technique : l'expression libre en retournant aux sources, le mouvement doit jaillir de l'intérieur. Elle essaie de partager sa philosophie de l'art de la danse avec les plus grandes personnalités artistiques de son temps, en Allemagne,en France et en Russie.
MARTHA GRAHAM illustre aussi un attachement à la culture afro-américaine. Elle réintroduit l'importance des percusssions dans la danse.
Le travail chorégraphique de KATHERINE DUNHAM dans les année 1960 en France fut largement inspiré par sa formation d'anthropologue.
Les ballets de sa compagnie s'inspiraient des rituels de danses traditionnelles.
Elle utilise ce qu'elle a appris à Cuba, à Haïti, en Jamaïque, au Brésil et aux Etats-Unis. Elle a dû créer une nouvelle technique de danse comprenant de multiples mouvements et usages du corps qui n'existaient pas dans la danse occidentale. Elle retrouve les racines de la danse dans le rythme et l'énergie de la " pulsion ". Un travail basé sur les appuis au sol, l'écoute du tambour. Le danseur se retrouve habité par le mouvement. C'est à K. DUNHAM que l'on doit l'élargissement du vocabulaire gestuel de la danse moderne.
Dans l'ensemble le XX siècle de la danse occidentale redécouvre les lignes de force de la danse traditionnelle africaine. Il importe de rappeler que Blues, Jazz, Rock and Roll, Charleston, Fox-Trot, Samba, Reggae, Salsa, Claquettes, Rumba, Disco et autres danses ou musiques de ce siècle sont presque toutes issues de la danse africaine.
3.2 LA DANSE ET SES EFFETS MULTIPLES
L'être humain danse depuis le commencement de son histoire, à toutes les époques et dans toutes les cultures. Considérée comme le plus ancien de tous les arts, il faut admettre qu'il s'agit d'une activité qui produit des effets et un équilibre entre les différents niveaux qui constituent l'être humain. Elle se révèle comme un outil particulièrement indiqué pour établir une articulation harmonieuse entre eux.
Le niveau physique est le premier à bénéficier des effets dynamisants de la danse. Elle fait bouger les corps. Elle engage une réelle dépense musculaire.
Au niveau physiologique, elle entretien les articulations du coeur, la circulation du sang, l'oxygénation et le massage des organes. Elle a des effets stimulants et relaxants.
Au niveau social, elle s'effectue en groupe et crée des échanges interindividuels.
Au niveau mental, elle vise autre chose qu'un simple défoulement anarchique pour faire fonctionner la tête : apprentissage, mémorisation, création de formes, intégration des règles, concentration, maîtrise, contrôle...
Au niveau psychique, elle constitue pour le sujet qui danse un langage par lequel il peut en exprimant ses émotions et ses désirs aboutir à une création qui lui est propre. Une fois ces critères remplis, on voit qu'elle est suceptible de produire des effets de prévention et même de guérison (soin des troubles psychiques et psychosomatiques).
3.3 LA DANSE ET SES FONCTIONS PLURIELLES
La danse unit ce qui est d'intérêt commun et ce qui est d'intérêt individuel. Elle est une discipline à caractère global. Elle a une place prépondérante liée à un mode de vie centré sur le corps.
Elle joue un rôle important dans l'épanouissement et le développement de la personne(la structuration).
La danse conduit à un apprentissage de l'écoute de soi.
Elle est un support à la prise de conscience de l'image du corps et de ses changements. D'après Françoise DOLTO " l'image du corps s'élabore et se structure par le contact perpétuellement renouvelé avec le monde extérieur, elle constitue à chaque instant une synthèse vivante de nos expériences émotionnelles, répétitivement vécues à travers les sensations érogènes électives archaïques ou actuelles de notre corps ".
La danse va permettre d'oublier toutes les habitudes corporelles acquises durant sa vie, pour retrouver le geste pur provenant des profondeurs de sa véritable nature.
Une coordination de l'activité motrice de base ainsi qu'une ouverture, une exploration d'une plus large panoplie gestuelle donne une possibilité accrue d'expressivité des affects. En effet un bien être du danseur emmerge, à travers la danse il peut éveiller, libérer,abstraire, donner forme aux sentiments et à la pensée.
Les mouvements étant liés à des émotions, ils les éveillent ou les expriment et ainsi constituent un trait d'union entre le dehors et le dedans. La danse représente alors une activité privilégiée de réunification harmonieuse de deux versants de l'être humain : le corps et l'esprit, de renforcement de l'unité de soi et de prise de conscience de ses propres limites.
Le langage corporel permet aussi de canaliser les pulsions, de réguler les énergies motrices.
La créativité, la spontanéité, le relâchement, l'impulsion stimulent différents comportements qui naissent et se développent. Il se crée un processus actif de l'être qui participe de tout son corps vers un dépassement de soi.
Une maîtrise assortie d'une confiance en soi acquise se profile et permet à la personne de vaincre sa peur de ne pas savoir, sa peur du jugement, sa peur du regard de l'autre.
Dolto F. " l'image inconsciente du corps "
Elle joue aussi un rôle de médiateur à la socialisation.
La danse est un moyen pour l'individu d'entrer en relation avec l'environnement ou les autres.
Les mouvements, investis d'émotions, deviennent compréhensibles aux autres même s'ils conservent un air de bizarrerie dans la forme.
Tout notre vêcu, toute notre histoire et celle de notre culture, le milieu social dans lequel nous vivons déterminent la façon de vivre notre corps. Le plaisir de la danse libère de toutes contraintes morales, sociales ou religieuses.
Les relations à soi même, envers l'autre et envers le groupe sont générées. Pratiquée en groupe la danse facilite la communication.
La danse est une source d'intégration sociale qui permet la reconnaissance de l'autre, l'acceptation de ses différences. La reconnaissance d'une identité se voit partagé par le groupe.
3.4 LES PARTICULARITES DES DANSES D'AFRIQUE
Il est clair que les danses d'Afrique ne sont pas exportables sous leurs formes originales dans les pays occidentaux. Il est difficile de cerner les danses d'Afrique, elles recouvrent à elles seules une pluralité de sens, une diversité de concepts et une variété de signifiés.
De multiples appelations se sont faites jour. On ne peut pas uniformiser tous les courants de cet art et les faire entrer dans un moule. On peut tenter de trouver un dénominateur commun.
Pour simplifier, on peut regrouper sous le terme de danse d'expression africaine, les danses d'Afrique transmises, enseignées, dansées hors de leurs contextes originels.
La danse d'expression africaine présente à l'évidence des particularités qui lui donnent d'emblée de puissants atouts qui expliquent cette permanence de pratique.
Des effets de transformations
La danse d'expression africaine s'efforce d'offrir à l'homme la grande réconciliation de la tête et du corps, de la pensée et de l'instinct, par la libération du geste et l'abandon au rythme.
En d'autres termes, elle constitue une démarche qui conduit l'homme au plus profond de lui- même, au plus profond de son être, à la découverte de ses qualités latentes, à l'épanouissement de sa personnalité, à la fois sur le plan physique, intellectuel, social, thérapeutique et spirituel.
Au -delà d'un apprentissage, d'une technique, d'une danse mécanique nombrilique c'est un état d'esprit.
C'est une danse qui nécessite un investissement véritable, une initiation qui mène à la connaissance de soi.
Ceux qui la pratiquent, sentent des changements dans leurs corps, une aide à leur fonctionnement et à leur équilibre.
Elle met en communication avec les éléments cosmiques. C'est un langage immédiatement compréhensible, universel. En se l'appropriant la personne capte son énergie puissante, sa force, sa sève, ce flux vital qui permet de nous dépasser.
Des réponses aux attentes des participants
Elle s'adresse à un public varié : danseurs, acteurs, artistes en général mais aussi hommes d'affaires, mères de famille... toutes personnes engagées ou non dans une activité professionnelle et désireuses de trouver " un loisir intelligent ".
Ces danses collectives sont dynamisantes, toujours à caractère festif, ludique, enthousiaste, jubilatoire. Leurs succés témoignent de la permanence du goût de la fête et du jeu. Tout y est immédiatement abordable et réalisable. Il n'y a pas de tension, on s'installe confortablement sur le rythme, on joue avec les claquements de mains, on " fait comme " un guerrier, un chef de tribu, un pêcheur.
Ces danses ont un fort pouvoir de dépaysement et d'évocation poétique.
Ces danses, au delà du diverstissement, reflètent à leurs manières des modes de vie, des langages sociaux.
Elles répondent à cette quête des personnes dont la revendication est basée sur l'existence, la reconnaissance corporelle.
En effet à partir des années 1970, le corporel explose. Il se développe un véritable souci du corps. Il devient un phénomène majeur de société.
Ce mouvement prend ses appuis dans les années 1968 " révolution hédoniste ", de nouveaux styles de vie se développent, de nouveaux comportements naissent. Le loisir prend de l'importance non seulement parce que les congés payés sont plus longs, mais parceque dans la tête des gens, le temps de non-travail devient le temps fort de la vie.
C'est une nouvelle philosophie qui se profile. Le corps devient de plus en plus ludique, s'expanse dans les pratiques d'expressions. L'époque du physique et du corps anatomo-physiologique a fait son temps. On se concentre sur soi, sur ce que l'on ressent. Le corps devient langage, un moyen de libération, une condition nécessaire à son identité.
L'étude anthropologique des danses des sociétés traditionnelles fait apparâitre ses vertus de guérison dans le cas de soin par le danse thérapie. Michel Lris, Claude Levi-Strauss et bien d'autres, de plus en plus nombreux ont compris et montré l'intérêt du chamanisme et de la transe pour soigner. Les dialogues entre psychanalistes et ethnoloques amènent à trouver de nouveaux outils qui vont contribuer à la restrusturation et à la resocialisation des malades.
Des outils pédadogiques
Cette danse je l'ai déjà mentionnée, s'énracine dans les couches les plus profondes de l'être.
Les traits de ces danses qui sont en même temps des outils pédagogiques, permettent de mieux comprendre les effets bénéfiques sur la personne. Ils sont : a) l'importance du groupe b) la puissance du rythme c) le rapport à la terre d) la simplicité des gestes et des mouvements e) la répétition, l'improvisation
a) Elle donne l'habitude de danser ensemble, d'échanger. Les barrières techniques étant absentes, on peut très vite s'intégrer, affirmer son individualité par rapport aux autres. On peut développer le sens de la communauté, du groupe, on apprend à aller vers autrui, et laisser l'autre venir à soi.
b) On ne peut dissocier la danse du tambour. Il faut comprendre le rythme pour entrer en communication avec lui. C'est lui qui donne toutes les indications, les changements de pas. Le danseur entre dans la musique, le musicien sent dans quel état est le danseur. Le tambour, dont le son est si proche de la pulsation cardiaque, réactive l'élan vital en réactualisant le bain sonore originaire, le battement du coeur maternel perçu par le foetus.Il réveille le rythme pulsionnel interne.
c) Dans la pratique, le début du travail du danseur consiste à prendre le rythme dans les pieds et marcher en cadence. Donc le rythme de la percussion est repris dans les pieds qui martèlent le sol. Trouver cette pulsation de base, c'est faire l'expérience du plaisir de se sentir relié à la terre, le corps s'enracine et le mouvement prend sa forme.
d) La simplicité des mouvements, immédiatement abordables même pour des non danseurs, permet de les capter facilement, sans trop d'effort ni de réflexion. Le danseur peut les transformer, les épurer, leur donner toute leur ampleur et le sens qu'il veut et ainsi découvrir qu'il savait danser mais ne savait pas qu'il le savait.
e) Tous les mouvements, très rythmés, sont longuement répétés et scandés. La répétition conduit à l'ivresse, à l'enthousiasme et même parfois à la transe. Le danseur qui répète ses mouvements, sent croître à la fois leur force, l'intensité de son engagement, la détente que procure cette relaxation dynamique, et la maîtrise de son exécution, tout ceci s'effectuant dans un espace de confort indispensable. Il est invité à aller toujours plus loin jusqu'au bout du mouvement, donc prendre conscience de sa vitalité. Ainsi il repousse les limites de son corps. Ce plaisir consolide et développe le shéma corporel, il redonne au sujet la disponibilité et la mobilité, l'aisance et la fluidité de son corps.Il s'agit alors d'accéder à un corps libre.Cet effet d'enthousiasme, l'improvisation, permet au danseur d'accéder à une nouvelle dimension.
Résonance des situations archaïques
La danse d'expresssion africaine donne le moyen de revenir aux méthodes traditionnelles à efficacité symbolique sans s'aliéner dans des croyances.
Elle permet d'accéder à ce sentiment exaltant de se sentir animé et fort parce que relié au cosmos, au groupe, à l'héritage primitif,ancestral.
Elle nous relie à notre héritage génétique et archaïque.
Le dispositif danse et rythme est un moyen de recréer les conditions d'un vêcu sécurisant qui constitue un substrat essentiel ( la chaleur et le confort de la première relation à la mère) . En effet le rythme et tout particulièrement celui de la percussion est un facteur important car il réactive l'empreinte sensorielle archaïque de l'époque où l'enfant entendait le duo des deux coeurs, le sien et celui de sa mère.
CONCLUSION
Le corps tient une place très importante dans l'équilibre de l'individu.
Après l'avoir laissé de côté, la société occidentale commence elle-même à en prendre conscience.
Partout se développent des cours de danse, d'expression corporelle, de yoga... . Ce phénomène social est la preuve d'une ouverture d'esprit, d'une recherche de toute une génération vers un équilibre sans arrêt menacé.
La danse africaine est un aspect de cette recherche.
En effet la danse africaine est un mode d'expression populaire qui parle à tout le monde et qui fait bouger instantanément les jeunes et les vieux.
Elle apporte la possibilité de mettre en écho les structures à la fois physiques, organiques, psychiques, symboliques de l'être humain.
Elle permet de faire vivre son corps, mais plus que toute autre technique corporelle, elle permet de retrouver un contact direct avec la nature, sa source d'inspiration, elle permet aussi d'exprimer avec le maximum d'intensité le rapport de l'homme avec l'espace, la société avec l'infini.
Ces puissants effets rendent possibles la résonance, la réactivation des situations archaïques.
Pour toutes ces raisons on ne peut donc réduire la danse africaine à un phénomène de mode.
BIBLIOGRAPHIE
TIEROU Alphonse DOOPLE Loi éternelle de la danse africaine 1989 Maisonneuve et laroze
TIEROU Alphonse La danse africaine c'est la vie 1983 Maisonneuve et laroze
ZEBILA Lucky La danse africaine ou l'intelligence du corps 1982 L'harmattan edit : CEF Nice
SCHOTT- BILLMANN France Quand la danse guêrit 1989 La recherche en danse
Danse Danse 1994 Revue Noire 14
|